Charmes sur Rhône.

église Saint-Pierre aux Liens.

Édifice de style néo-gothique construit à partir de 1873. Œuvre de l’architecte2013_08_31-11h-50m-57s-22 valentinois Ernest Tracol, concepteur de beaucoup d ’églises de la région : Vernoux, Cornas…elle remplaça l ’église datant du XIII° siècle qui s’élevait au cœur du village médiéval, il subsiste de nos jours le clocher, la «Tour de Charmes » et le soubassement du chœur, qui sert de mur de soutènement au petit parc (l’ancien cimetière).

Dès sa nomination à la cure de Charmes en 1865, l’abbé Antoine Bomel reprend en main le projet de construction d’une nouvelle église. Un  projet qui avait vu le jour cinq ans plus tôt, malgré une forte opposition, grâce au maire Marmey (un protestant !) Le nouveau curé lance des souscriptions afin de récolter les fonts nécessaires.

abbé Bomel (2)Le terrain est acheté en novembre 1872, la première pierre est posée, et bénite à Pâques 1873, après une grande procession à travers le village. Les travaux se déroulent sans problème jusqu’en mars 1875, le maire décide alors l’arrêt de la construction. L’église n’est pourtant pas terminée, le dallage n’est pas fait, il n’y a pas de portes, le clocher n’a pas de flèche…La municipalité affirme qu’elle ne peut plus payer. Pourtant elle a reçu des subventions de l ’État, mais cet argent a mystérieusement disparue ! L’abbé Bomel engage alors une véritable lutte avec l’administration afin qu’elle poursuive le chantier, envoie des courriers à la préfecture …en vain. Il décide donc de commander lui-même l’achèvement du bâtiment, et pour limiter les frais, autorise les maçons à prélever des matériaux à l’ancienne église, tuiles et pierres, notamment pour réaliser les fonts baptismaux et la seconde sacristie. Le curé paye lui-même la fin des travaux car la paroisse n’a plus d’argent en caisse, et il ne veut pas faire de nouvelle collecte auprès des paroissiens.

L ’abbé Bomel est fier de voir « son » église enfin achevée, après trois ans d ‘un chantier, à la fin plutôt tumultueuse. Le première messe y est célébrée le 28 mai 1876.

             On achève de démolir, à ce moment là, la vielle église. Les matériaux sont vendus, et on transfère certains éléments vers la nouvelle, comme le maître-autel en bois, du début du XVIII ° siècle, qui meublera pour un temps la sacristie nord, le bénitier du XIII ° siècle, la cloche datant de 1661 et le christ en bois du XVII ° siècle (classé monument historique).

La restauration de l’église en 1963:

Extrait d’un cahier mémoires du Père Zéphirin Malosse, curé de St Georges et Charmes de 1961 à 1982.

  » Depuis la construction de l’église, rien n’avait été fait dans l’édifice. En 1963 son état était misérable. Une grosse partie du crépissage était tombé ou était sur le point de le faire. Ce qui restait de bon était couvert d’une telle quantité de poussière que l’église avait un aspect sale et délabré. L’éclairage se faisait par deux lustres électrifiés, ou par des baladeuses. Un certain nombre de chaises de toutes catégories, hauteurs, forme, solidité, se mêlaient à 7, 8 bancs aux formes et dimensions diverses. Deux vieux poêles   à charbon, récupérés chez des curés voisins, dégagés davantage de fumé que de chaleur. Un certain dimanche, de l’autel je ne pus voir les fidèles qui étaient en face du second pilier, que dire alors de ceux qui étaient au fond !!! . Bref tout était à revoir et à restaurer.

            Dès mon arrivée ici, je pensais à la restauration de cette église . Dans mes visites, je faisais part de mon idée à mes paroissiens et tous étaient d’avis que  « notre église » avait besoin d’une amélioration, mais il fallait trouver l’argent. Jusqu’à cette époque les finances de la paroisse avaient été orienté et consacrer à l’école libre : amélioration des locaux et traitement des institutrices. Mais depuis la loi Debré du 29 décembre 1960, l’école libre de Charmes était sous contrat ; et donc l’établissement ayant été agréé par l’état, le personnel était payé par lui. La paroisse pouvait donc orienter ses finances vers la restauration de l’église.

            Durant l’année 1962 je pus organiser séances – kermesse – loto – au profit de l’église. En janvier 1963, je transmettais à Viviers le détail des divers aménagements envisagés. Un architecte de Valence, M. Joulie, fut chargé par l’évêché de venir voir l’église, de me conseiller et de surveiller les travaux. Durant le premier trimestre je contactais les entrepreneurs et monsieur le Maire de Charmes.

            L’architecte, lors de sa première visite, constata que le premier mal de l’église était l’humidité. Du côté nord, entre le mur voisin et l’église, c’était terre battue avec broussailles, buisson, résidu de tous les détritus du quartier. L’eau s’infiltrait dans les fondations et ressortait à l’intérieur. De plus le mauvais état des chenaux descendant du toit, laissait couler l’eau le long des murs et s’infiltrait à l’intérieur.

            Monsieur le Maire de Charmes, qui était à cette époque M. Henri Roulle, posa la question à son conseil municipal, lors d’une réunion : l’église étant bâtiment public et municipal. L’unanimité du conseil, fut d’avis favorable : Faire ce qui incombait à la mairie de faire, tout ce qui touche à la solidité de l’édifice, c’est à dire, toiture, crépissage, chenaux et glacis au nord de l’église.

            Le lundi de Pâques, je déménageais donc toute l’église à la salle d’œuvres, je fis ce travail avec les garçons de la paroisse, le 15 avril. La salle était pratique et agréable : l’autel sur la scène etc…les gens aimaient bien leur église d’occasion.

Dès les premiers jours de cette même semaine, les entrepreneurs commençaient les travaux. Ceux-ci furent exécutés par des entreprises de Charmes. La maçonnerie fut confiée à M. Bourdon François (crépissage, glacis, cheminée, toiture) la peinture, qui était la partie la plus importante des travaux, fut faite par l’entreprise Paul Dubois, 9 ouvriers possédant le matériel nécessaire : compresseur, échafaudages 11 mètres, etc. L’éclairage fut confié à Monsieur Gélas. Par l’intermédiaire de l’entr’aide diocésaine, j’achetais le matériel et M. Gélas fit l’installation gratuitement. M. Zancanaro fit les bancs. Le modèle fut pris sur les bancs de la chapelle des Perrières à Annonay. La réfection des chenaux, l’installation des poêles fut confiée à M. Avon, zingueur à Charmes.

            Les travaux furent exécutés normalement et rapidement. J’avais demandé que l’église soit prête pour la Première Communion, que j’avais fixé à Pentecôte : 2 juin. Cette date avait été arrêtée surtout pour presser les entrepreneurs. Je dus cependant retarder la Première Communion d’une semaine. Le 9 juin tout était prêt. »

Le Christ de Charmes, Classé Monument Historique.

            L’église de Charmes recèle une œuvre remarquable par sa beauté et sonChrist réalisme : un Christ sculpté dans un bois très dur, recouvert d ’une peinture couleur chair, et ayant pour dimensions, du sommet de la tête à la plante des pieds, 1,65 mètres, ce qui était la taille moyenne d’un homme de la région. Il est supporté par une croix en chêne, d’une envergure de 2 mètres, sur environ 2,5 mètres de hauteur.

Cette sculpture date du XVII ° siècle, l’absence de signature ne nous permet pas de connaître son auteur, mais la légende locale parle d ’ un vieux berger d’origine espagnole, qui l ’aurait conçue et réalisée. Il est cependant certains que l’artiste a du bien étudier l’anatomie des morts, car le réalisme de la reproduction est frappant, avec les traits d’un corps que la vie vient de quitter. L’artiste a réalisé son œuvre avec une aisance étonnante, pas la moindre hésitation. Le ciseau a creusé juste, de la bouche entrouverte d’où le dernier souffle vient de passer, aux yeux à demi-clos qui attendent qu’on les ferme. L’attitude donnée par la mort est rendue ici dans toute sa vérité.

Lors de son transfert dans l ’église actuelle, le Christ fut d’abord placé dans le chœur, mais on ne tarda pas de le reléguer à la tribune, loin des regards, car il « faisait peur aux enfants » (paroles de l ’abbé Bomel )

Le 24 févier 1921, par décret du Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts, le Christ de Charmes est classé parmi les monuments historiques français.

Les paroissiens décident en 1958, avec l’accord de la commission des monuments historiques,  de replacer ce Christ dans le chœur, devant l’abside de la sainte-Famille qui devait être fermée par un mur de moellons (non réalisé). Il retrouva ainsi sa place au-dessus du maître-autel (enlevé en 1977, pour faire place à l’orgue)

Petit Historique de l’orgue :

texte du Père Zéphirin Malosse, Curé, à l’initiative de l’installation de l’orgue :

« En 1973-74, la commission diocésaine de liturgie mis en vente les orgues du petit séminaire St Charles, après sa fermeture. Souvent le Père Montagne me sollicitait pour que je fasse l’achat de ces orgues. Je m’y intéressais une première fois en novembre 1975. quelques mois plus tard je formais le comité paroissial, en vue d’une décision à prendre pour l’achat de ces orgues. Le comité fut d’accord.(…). Le Père Montagne me conseilla de m’adresser au P. Ducol d’Aubenas, qui m’orienta plutôt, vers l’achat d’orgues neuves.

Après plusieurs rencontres de mise au point, il m’adressa à un facteur d’orgues de Colmar, M. Bois. Le Père Ducol composa la liste de jeux à mettre, en fonction des finances. Un rendez-vous avec M. Bois, le Père Ducol, des membres du comité et moi-même eut lieu à Charmes en août 1976 : choix de l’emplacement, style, jeux…Quelque temps après le devis de M. Bois était signé par le président du comité, M. Richerot. Les orgues étaient promises pour fin mai, début juin 1977. entre temps je demandais au comité d ‘ajouter le plein jeux 3 rangs à l’orgue pour l’enrichir. Le devis, dans son ensemble, s’élevait à 57 450.60 F (…), il fut décidé de faire une kermesse à l’automne ; le 17 octobre 1976. C’était risqué et c’était pris de cours. Une lettre fut envoyée aux paroissiens leur annonçant le double projet : orgues et kermesse. Le projet d’orgues ne fit pas l’unanimité, certains jugeant cela inutile, et doutait de la réussite de la fête. Tout le monde se mit à la préparation de la kermesse, et favorisée par le beau temps, elle fut une vraie réussite sur le plan financier et moral . Malgré le peu de temps pour la préparer, la fête fut très complète. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée de l’instrument, mais auparavant à préparer le chœur de l’église.

            La première chose entreprise fut l’avancé du chœur, qui fut faite par les hommes de la Paroisse. Moi-même aidé de quelques hommes, je démolis l’ancien autel toujours en place, la table-autel actuelle fut rebâtie par le marbrier Charre de Valence.(…) Le tabernacle en fer forgé fut fait par M. Elie Saby, maréchal à Charmes, ainsi que le support de Bible. M. Bois, facteur d’orgues, eut du retard dans la livraison de l’instrument. Il vint seulement le 18 juillet. L’installation et l’harmonisation dura deux semaines. Ils furent reçus par les familles aux repas de midi et du soir, chose qui fut très sympathique. La mise en service de l’orgue au service de la liturgie, se fit le dimanche 4 septembre 1977.

            L’inauguration officielle se fit le 16 décembre 1978, par un concert donné par la commission diocésaine de musique et liturgie . »

Présentation technique de l’instrument : Petit orgue (évolutif, possibilité de 4 jeux en plus) du facteur Bois à Colmar 2 claviers  (54 notes )1 pédalier 30 notes . Récit : Bourdon 8′   Flute à cheminée  4 ‘  Tierce 1′ 3/5   Lariot 1′ 1/3  …..Grand Orgue : Principal 8′   Prestant 4′   Doublette 2′    Plein jeux  3 rangs    Cymbale  2 rangs.    Pédalier  Sous basse  16’   ,   accouplement récit sur G.O.  , Tirasses Récit /Pédalier   G.O. /Pédalier ;  Tremblant général

Depuis juin 2017, une association « Les amis des orgues de St Pierre à Charmes » veille à l’entretien et la mise en valeur de cet instrument.

Contact: Christian Nadé: 06 24 57 74 13.

D’après Alain Saint-André et Ludovic FRAISSE