Oeucuménisme

Prédication. Célébration Unité des Chrétiens.                     28 Janvier 2018

Fernand CLAUZEL

 

Exode 15/1-21 

Psaume 118/5-7,13-24 

Marc 5,21-43 

 

         « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur » Ex 15/2 ». Tel est le thème choisi par l’équipe du Conseil des Eglises Chrétiennes des Caraïbes  (CCC), proposé cette année 2018 pour vivre un peu partout avec nos églises locales la prière qui nous rassemble en cette semaine de l’unité des chrétiens. Je ne reviens pas sur la présentation que nous en a faite Laurence. Cependant je voudrais insister sur le parcours de libération de l’esclavage vécu par ces peuples de la Caraïbe. Dans leurs histoires, ils ont subi les méfaits du colonialisme, de l’exploitation et l’imposition du christianisme par les pays colonisateurs. Au cœur de ces hommes et de ces femmes de la Caraïbe a germé non seulement la volonté de se libérer mais aussi la mise en œuvre de tout ce qui leur a permis de se rendre libre. La lumière de la parole de Dieu éclaire leur histoire. C’est pourquoi ils ont mis en route ce qu’ils ont profondément à cœur de promouvoir comme la paix, le développement intégral de leur peuples, la justice sociale et le respect de la dignité de chaque individu. Ils se sont engagés ensemble en Christ à partager leur expérience pour que s’affermisse le Royaume de Dieu dans le monde.

         Et nous aujourd’hui, encore réunis comme chaque année pour faire un bout de chemin dans la prière, nous leur emboitons le pas. Notre parcours historique n’est pas de même nature que celui de ces femmes et de ces hommes de la Caraïbe, mais il s’en rapproche lorsque nous travaillons ensemble, lorsque nous nous réunissons ensemble pour combattre les vieux démons de la séparation (qui fut violente) et inventer et emprunter ensemble ces chemins qui nous conduisent vers l’unité. Nous le savons bien, il ne s’agit pas d’enfermer l’unité dans l’uniformité, mais de l’accueillir comme un avenir possible, un avenir à construire qui nous fait tous entrer dans la richesse de nos diversités. Le chemin de l’unité est devenu dialogue, rencontre fraternelle, fraternité dans la vie quotidienne, source de paix et de respect pour l’autre, amitié. Il nous fait regarder vers ce même Dieu, ce même Christ, ce même Esprit Saint tout en étant animés par une foi qui nous a toujours été commune. Je me permettrai de dire qu’avec l’œcuménisme, sans vouloir faire de rapprochement inadéquat, nous sommes bien dans cette traversée ensemble qui nous place tous en vue de nous libérer de nos divisions. Les réformés ne peuvent plus être ces « parpaillots » que les cathos regarderaient comme des ennemis et vis-versa, et les cathos ne peuvent plus être vus par les protestants (les réformés) comme des croyants rétrogrades enfermés dans l’autorité hiérarchique, dogmatique de leur église et de la papauté. Nous sommes devenus dialogue, fraternité pour avancer en paix, développer notre foi à la lumière de la parole de Dieu, vivre ensemble en partageant à l’autre la richesse de nos diversités et en faisons progresser pacifiquement ce qui nous divise encore. Peut-être atteindrons-nous un jour le vrai but de notre marche : L’unité des chrétiens et de tous les chrétiens.

         Je viens de tenir ces propos en ayant en tête les textes bibliques que nous venons d’entendre. Exode, Chapitre 15/1-21, nous fait plonger dans le contexte de la vie du peuple d’Israël, qui célèbre sa libération de son esclavage en Egypte. Ce peuple, dans sa marche vers sa libération avait la conviction et la foi profonde en ce Dieu qui marchait à ses côtés. Tout en étant à ses côté, Dieu n’a pas tout fait, il a fait en sorte que ce peuple se prenne en mains pour qu’il se libère non seulement de l’esclavage vécu en Egypte, mais aussi des flots de la mer qui auraient pu mettre fin à cette libération. Il s’est fait que dans la circonstance de passage de la Mer Rouge Dieu a fait totalement grâce à son peuple de cette libération en anéantissant ses ennemis. Il me semble bien que nous en sommes là en train de vivre cette grâce de la libération, de nous libérer ensemble de nos séparations. Mais dans cette libération contrairement au passage de la Mer Rouge aucune de nos deux communautés chrétiennes ne peut être détruite sacrifiée à l’unité. Nous en avons tous la conviction profonde. Et en assumant notre histoire, en la gardant en mémoire, nous avançons lucidement vers une spiritualité de l’unité. Ce qui nous fait avancer, n’est-ce pas en effet ce que produisent nos partages, nos rencontres et nos recherches. Je vous confierai, que, pour ma part, ils produisent ce que les peuples de la Caraïbe ont mis en route dans leur libération en surmontant les défis du passé et en regardant vers l’avenir, vers une espérance portée par la foi en un Dieu Père, Fils et Esprit qui libère. Dans ce que produit la libération des peuples de la Caraïbe, nous trouvons la paix, le développement intégral des peuples, la justice sociale, le respect et la dignité de chaque personne en lien avec le libre choix de la foi en Christ.

         Pour aller un peu plus loin, comme le peuple hébreux libérer de l’Esclavage de l’Egypte et des dangers surmontés au passage de la Mer Rouge, nous somme aujourd’hui ensemble dans la prière et la célébration entre chrétiens qui se sont combattus autrefois et qui veulent construire un avenir fraternel déjà bien commencé. La marche est lente, mais nous avons espoir qu’elle aboutira un jour. Nous faisons confiance en chacune de nos communautés pour avancer et en ce Christ au nom duquel nous sommes rassemblés. Nous reprenons pour notre propre compte cette parole qui est au cœur du chapitre 15 de l’Exode : « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur… L’Eternel est ma force et le sujet de mes louanges, c’est lui qui m’a sauvé… » Dieu n’a pas agis seulement dans le passé mais il agit aussi dans le présent et le futur.

         A l’occasion de ce temps de prière, il nous a été aussi proposé de lire en Marc 5/21-43 le récit de la guérison de la petite Fille de Jaïre. Il s’agit d’une libération d’un autre ordre, mais pas moins utile et nécessaire que toutes les autres formes de libération. Nous contemplons là l’Action d’un Jésus qui manifeste sa divinité par un signe de guérison qui libère de la mort. Jaïre est un chef de synagogue croyant en Dieu, et dans sa démarche, il met toute sa confiance en Jésus. Il lui fait appel : « Ma petite fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » La foi de cet homme passe par la démarche dans laquelle il a engagé toute sa personne pour sauver la vie de sa fille. Cette démarche est un chemin de foi qui le conduit à une véritable rencontre en Christ. De la même manière, nous pouvons contempler la démarche de cette femme qui fut guérie de sa maladie et qui se fait toute discrète pour toucher Jésus. Elle y parvient et en fait, c’est Jésus qui la touche au cœur même de la confiance qu’il lui fait. Une force sort de lui. La foi en Christ est manifestée en ce qu’il y a de plus humain.

         Et nous ! Devant ces récits  de libération et de guérisons à quelles relecture sommes-nous renvoyé quand à nos faits et paroles de libération et de guérison ? Je suis persuadé que chacune et chacun d’entre-nous disent des paroles de réconfort, de bienveillance, d’espérance à ceux et à celle qui les entourent, et accomplissent naturellement et simplement des gestes qui portent en eux la paix, l’amour, la compassion, le partage et touts ces valeurs signe d’évangile et de libération. N’est-ce pas là une manière de dire notre foi en la personne humaine et en Christ puisque chacun de nous est visage de Dieu qui retrouve en l’autre ce même visage de Dieu qui est en lui ou en elle.
Oui, Dieu en Christ partage notre condition humaine. C’est l’incarnation.  Nous sommes libérés de tous nos esclavages lorsque nous nous mettons à contribution. Aujourd’hui à partir de ce petit bout de chemin que nous faisons ensemble dans une célébration commune, nous nous libérons un peu plus de ce qui nous sépare pour nous mettre ensemble sur des chemins qui nous unissent.